Association de promotion de la photographie d’auteur

Avant-propos

Je ne vous le cache pas, c’est assez émouvant pour moi de publier sur ce site, ce qui aurait du être un livre. Bien qu’à terme je l’espère, je ne serai pas la seule personne à diffuser ici de la documentation, je voudrai vous raconter l’histoire de ce livre qui n’a jamais vu le jour. J’espère que les membres de “Mat ou Brillant ?” me pardonneront d’accaparer ainsi, l’avant-propos de cette rubrique.

Au cours de ma vie de photographe, comme beaucoup d’autre, j’ai fait face à plusieurs reprises aux demandes précises de certains de mes clients. Et quand ces clients étaient des artistes reconnus, les choses tournaient vite au caprice de star. Il ne me restait alors plus que deux solutions, apporter une réponse ou mourir de honte… C’est ainsi qu’a débuté ma spécialisation dans la photographie de peinture. C’est le contexte qui m’a plongé dans cette discipline ardue où le photographe se heurte à l’obligation de rendre à l’identique, le sujet à photographier.
Dans mon village vivait un artiste qui s’appelait Mentor. C’était un peintre catalan, un dur, un de ceux qui vous marque pour la vie. Condamné à mort par Franco, Mentor était un ancien de la guerre d’Espagne. Il sabotait les ouvrages pour ralentir l’avancée des troupes du dictateur elles-mêmes appuyées par l’aviation d’Hitler. Après la défaite des républicains, Mentor s’est réfugié en France et a atterri au final dans mon village, Solliès-Toucas, pour y rester jusqu’à sa mort à la fin des années 90. Son véritable nom était Blasco Mentor y Martel. Pour lui et parce qu’il a su pousser mon imagination, j’ai inventé un système photographique de reproduction de peinture. Cette invention a fait l’objet d’un dépôt de brevet en 1996.

Mentor comme tous grands séducteurs, était un menteur invétéré qui passait son temps à jouer au chat et à la souris avec tout le monde, et en particulier avec son marchand de tableaux, un certain Guigné. Combien de fois l’ai-je entendu mentir au téléphone jurant à son marchand, mettre le dernier coup de patte au dernier tableau de la série qu’il lui avait commandé alors qu’il n’en avait pas commencé un seul…
À plus de 70 ans Mentor, comme beaucoup d’artiste de son rang, possédait la technique à un point qu’il est difficile d’imaginer — et comme beaucoup de ces artistes, il n’y avait guère que dans l’urgence et le péril qu’il pouvait donner le meilleur de son art. C’est donc ainsi que j’ai appris le métier de photographe de peinture, la nuit, quelques heures avant que le marchand de tableau ne débarque pour emporter toutes les oeuvres. Nous étions comme deux couillons, lui retouchant sans cesse ses tableaux, moi photographiant avec ma chambre 4×5 inch, une, puis deux, puis trois versions différentes du même tableau. Le problème c’est qu’à travailler ainsi dans l’urgence sur des tableaux humides, de nombreuses brillances faisaient leur apparition et gâchaient considérablement le résultat. L’objet de mon brevet, comme vous l’avez deviné, est d’éliminer ces brillances par la polarisation de toutes les lumières.
Fin 1997 je prends mon courage à deux mains et je part faire le tour des rédactions de magazine photo de la capitale pour présenter mon invention. Le premier coup de fil sera le bon. France Delory me reçoit à la rédaction du magazine Phot’Argus dans les locaux de la maison d’édition VM et me propose une publication de 4 pages en échange de l’exclusivité. Dans la foulée je signe un contrat d’édition pour la rédaction d’un livre sur la photographie de peinture avec les Éditions VM. Entre-temps France décide courageusement de lancer sa propre maison d’édition, Les Éditions France Delory et me propose de la suivre. J’accepte, après tout c’est elle qui m’a donné ma chance, alors vogue la galère. France a les pires difficultés à faire tourner sa société et puis un jour dans l’anonymat le plus complet, elle met la clef sous la porte après avoir englouti toutes ses économies. Depuis, le manuscrit que j’ai mis plusieurs années à peaufiner est resté lettre morte.
J’en viens maintenant à l’objet de la préface. Lorsque France me commande la rédaction de cet ouvrage, je pose la peur au ventre, une condition : Je veux que mes écrits soient contrôlés par quelqu’un de compétent. France me propose Claude Tauleigne. Soulagé et même impressionné, j’accepte. Claude est une personne attachante à bien des égards. C’est un homme qui aurait pu se contenter d’une vie très confortable. Ingénieur en aéronautique, il travaillait à une époque dans les systèmes de guidage laser de missile, qui selon son expression : “sont capables de performances qui se comptent en méga-morts”. Au lieu de cela, il choisi une vie incertaine de photographe et réalise très régulièrement des piges pour le mensuel : “Réponses photos”. On l’appelle même au sein de la rédaction, “Monsieur Objectif”
L’épisode heureux que j’ai vécu avec Claude sur plusieurs années, via le mail et le téléphone est certainement un des plus forts et des plus “riches”de ma vie de photographe. J’ai beaucoup appris à son contact et je n’oublierai jamais nos échanges. Aussi lorsque la rédaction du livre toucha à sa fin, la surprise et l’émotion fut énorme lorsque je reçus dans ma boîte mail, la préface qu’il m’avait écrit et que je vous offre. Un pur moment de poésie qui vient conclure des années d’une collaboration intense.

Merci mille fois Claude, pour ta patience, ta générosité et tes nombreux conseils.
Merci, merci et merci encore

Frédéric

La préface de Claude Tauleigne

Pour en savoir plus sur Claude Tauleigne :

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juin 26th, 2007 at 22:57


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