Association de promotion de la photographie d’auteur

Les rendez-vous du 15 : l’effet Papillon ….

… Ou une vision de la photographie selon Stephane Hette.

Pour faire de belles photographies de papillons, Stéphane ne me contredira certainement pas, il faut … de beaux papillons. Wouah, si tout était si simple !! Et bien, vous allez vite constater qu’il n’en est rien et découvrir une partie de la complexité du travail produit.

Cet article a donc pour but de vous décrire une démarche photographique précise. Il en existe bien d’autres évidemment dans l’univers photographique qui est le nôtre, mais celle qui nous intéresse cette année a ceci de particulier qu’elle nécessite une forte préparation et une imprégnation complète dans le domaine mis en valeur : en l’occurrence le monde de l’entomologie et plus particulièrement celui des lépidoptères. Stéphane Hette, comme tout photographe exigeant avec son sujet et avec ses images, va jusqu’au bout de sa démarche. Elle l’a ainsi amené à organiser sa vie autour des contraintes (et heureusement des plaisirs) de l’élevage de ces merveilleux insectes. Accueillir et conserver le mieux possible les chrysalides prélevées sur le terrain, commandées ou troquées auprès d’entomologistes amateurs ou professionnels tel que Jean-Pierre Vesco, est primordial à l’obtention de sujets en pleine forme et «photogéniques». C’est à cet effet que Stéphane a fait I’acquisition de serres et de terrariums adaptés. Ces derniers lui permettent, en respectant une température et une hydrométrie définie pour chaque espèce, de faire évoluer le mieux possible les chrysalides jusqu’à l’émergence. Les serres souples de différentes dimensions et contenant de la nourriture (pommes pourries, bananes, eau, miel, fleurs…) accueillent ensuite ces hôtes de charmes avant et après les prises de vues. Certains auront d’ailleurs la chance d’être des stars, effectuant plusieurs aller-retour serres / décor photo pour des séances de shooting répétées, nous y reviendrons. La technique est maintenant donc bien rodée et permet à Stéphane d’avoir plus de liberté lors des séances de prises de vues. Stéphane tient cependant à préciser qu’il respecte le cycle de vie de l’insecte notamment au moment de la diapause (moment proche de l’hibernation chez les mammifères lorsque la température extérieure est trop basse c’est à dire lorsque la chrysalide n’amorce aucun processus de développement). Afin d’observer des cycles complets de vie et de pouvoir photographier tous les stades de croissance des papillons, il a réalisé plusieurs élevages de l’œuf à l’imago (ponte œufs chenilles chrysalides ou cocons, émergence, accouplements…).

Après cette mise en place peut-être un peu lourde, tout est question de surveillance afin de capter le moment propice à l’émergence du papillon. Cette surveillance est plus facile dans le cas de papillons de jour car l ‘évolution de l’insecte, à l’intérieur de la chrysalide dépourvue de cocon, peut-être appréciée de visu. Elle est rendue, à fortiori, plus délicate dans le cas de papillons de nuit ou le cocon empêche cette appréciation… Et cette surveillance prend fin devant l’objectif de Stéphane lorsque la chrysalide change de couleurs et laisse apparaître celles du futur papillon, signe d’une fin de cycle qui va voir lentement la chitine se déchirer et le papillon s’extraire de sa chrysalide (la fameuse émergence). Le photographe s’applique alors à immortaliser l’ensemble des phénomènes jusqu’à l’envol lorsque les ailes du papillon, séchées et vascularisées, s ‘épanouissent.

Mais pas n’importe comment !! Stéphane s’attarde, lors des prises de vues, à supprimer toutes ombres indélicates d’autant que le fond blanc, une simple feuille de papier fixée à l’aide de pince sur un support, ne facilite pas cette exigence. C’est pourquoi, les chrysalides extraites du terrarium se retrouvent sous le faisceau de plusieurs flashs, chacun étant positionné de façon précise par rapport au sujet. Ce qui serait presque facile pour le photographe avec la chrysalide (si elle n’avait pas autant de reflets !), élément immobile, l’est beaucoup moins un peu plus tard quand le papillon prend son envol : il faut alors pouvoir intervenir sur la position de certains flashs rapidement qui servent de « poursuite » comme au théâtre. Le décor est donc là aussi pour permettre au papillon de se poser. Il faut savoir que le petit studio conçu par Stéphane est ouvert, le papillon peut très bien préférer « s’épanouir » ailleurs dans la pièce fermée que devant l’objectif : une contrainte supplémentaire. La présence de fleurs ou d’éléments végétaux constituant le décor, permet à l’insecte des temps de pauses certes brefs mais importants pour le photographe. Ces éléments permettent également de créer une scène possible, finalement un peu comme à l’extérieur. Il faut savoir que si le choix des plantes qui constituent le décor est bien souvent sans lien directe avec le papillon et le plus souvent dicté par l’esthétisme de la scène : un« mariage de raison graphique entre le végétal et l’animal » (un peu comme des ikebanas où la vie serait introduite), il en va tout autrement pour les chenilles et c’est donc le plus naturellement du monde qu’elles sont photographiées sur les «plantes hôtes», élevage oblige.

Cette démarche de création artistique nécessite donc, comme je vous l’ai dit en début d’article, certaines connaissances en entomologie et en comportement des insectes. Le comparatif est peut-être un peu osé mais le photographe de paysage – le paysagiste !!? - essaye de choisir, à force d’habitude, l’endroit le mieux adapté à ses prises de vues en fonction des différentes conditions rencontrées : climatique, de fréquentation, d’exposition, etc. C’est un peu la même chose.

Précédemment, j’ai déjà évoqué la nécessité, lors de certaines prises de vues, de saisir l’instant où le papillon est parfaitement mis en valeur. C’est une évidence. Stéphane, qui aime contrôler les choses lui même, réalise ses images en mode M (manuel) avec 2 groupes de flashs dont les intensités sont programmées de manières différentes et c’est jusqu’à 8 flashs qui sont employés dans des combinaisons variables. Cela lui laisse toute latitude pour le choix de l’ouverture qui ne dépend donc plus directement de la lumière qui elle est générée par les flashs pilotés. Quant à la vitesse c’est généralement au 1/250 de seconde qu’il opère. C’est cette vitesse qui lui permet d’éviter les flous de bouger et de fixer les différentes attitudes des papillons… et ce même en vol ! La gestion de la profondeur de champs est pour lui une priorité, que je suppose essentielle lorsque l’insecte ne souhaite pas montrer son meilleur profil. Il est évident, par la suite, qu’une image parfaitement prise ne nécessite que peu de traitement informatique : le fameux post-traitement.

Tout est question de préréglage de l’appareil photographique et d’une mise en place parfaite, mais attention, Stéphane m’a révélé qu’il n’hésitait pas à multiplier les prises de vue pour un résultat saisissant obtenu après de très nombreux essais. Pour lui une mauvaise photo au départ n’est pas rattrapable même avec un post-traitement poussé, c’est juste du temps perdu… Il faut être clairvoyant : l’élaboration d’une série photographique de grande qualité, quelle que soit le sujet, demande des heures et des heures de travail.

J’espère que ces nombreuses précisions vous donneront suffisamment de passion et de pugnacité pour vous lancer dans un projet d’envergure.
Bravo donc à Stéphane et merci pour cette grande ouverture … d’esprit.

A très bientôt - dans un mois …
Michel L, avec les conseils avisés de Stephane.

P.S. : N’oubliez pas la souscription ICI pour le très bientôt livre de Stephane Hette

février 15th, 2009 at 18:16


2 Responses to “Les rendez-vous du 15 : l’effet Papillon ….”

  1. jipé Says:

    je me suis regalé ……
    bravo !!!!!

  2. Michel Says:

    Merci Jipé … J’ai essayé d’être clair mais c’est vrai que Stephane m’a beaucoup aidé !! Et encore, nous n’avons pas parlé des :

    “Petites belles très étroites
    Petites boîtes faites en ticky-tacky
    Petites boîtes, petites boîtes
    Petites boîtes toutes pareilles …” (chanson de Graeme allwright)

    … pour attraper doucement les sujets locaux.

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