Association de promotion de la photographie d’auteur

Les interviews MoB : David TATIN, auteur photographe en Vaucluse

MoB, notre petit manchot, a décidé de s’ouvir definitivement au monde de la photographie car ce dernier est, depuis peu, agité par des évènements qu’il ne peut plus ignoré. L’un de ces évènements, déjà annoncé dans un précédent article (la création du Réseau FOCALIS), nécessite que MoB s’y attarde davantage car il est clair qu’il se pourrait bien que la nouvelle fasse grand bruit dans l’avenir. Quoi de mieux donc que d’accueillir les auteurs photographes du Réseau FOCALIS : ils seront bien meilleurs que MoB pour parler du réseau d’auteurs nouvellement créé autour de Didier Vereeck et Cedric Chassagne. MoB suivra donc ainsi l’actualité du réseau à travers ses membres et a le plaisir pour cette grande et difficile première d’accueillir un jeune et prometteur photographe : David TATIN


MoB le manchot - Bonjour, David, Tu es donc tout nouveau membre du réseau FOCALIS. J’avoue avoir découvert ton travail à travers le réseau d’auteur photographes. Pour justement mieux te connaitre, peux-tu nous parler un peu de toi ?

David TATIN - Bonjour. Originaire d’Arles, j’ai 34 ans, j’habite le Luberon, après avoir vécu en Camargue et à Marseille. Je ne sais pas si mon attirance pour la photo est liée au fait que je viens d’une ville emblématique pour cette activité ! Arles est également une ville incroyablement riche sur le plan du patrimoine archéologique et historique, et, adolescent, c’est au sein du groupe archéologique arlésien et dans les recoins de l’Abbaye de Montmajour que j’ai fait mes premiers clichés. Par la suite, je développais les images prises dans les Calanques dans le labo noir et blanc de la faculté. Mon orientation professionnelle est allée vers la protection de la nature, après des études de biologie. J’aurais aussi bien pu choisir la photo, mais la chance d’y avoir un travail stable en accord avec ma passion était encore moindre, c’est dire ! Je travaille donc depuis 10 ans dans une association de protection de la nature, un Conservatoire Régional d’Espaces Naturels, pour lequel je suis chargé de mission pour le Vaucluse.

MoB - Tu es un auteur photographe. Dans ta démarche, nous pouvons sentir qu’il y a une volonté évidente de transmettre un message fort écologique, C’est une démarche assurée : peux-tu nous en dire plus ? le lien avec la photographie est-il si evident que cela ?

DT - Pour moi, il l’est. On pourrait simplement résumer cela en faisant le constat que la photographie permet de mettre en image des sites, des espèces, ou des pratiques ayant un impact, bénéfique ou non, sur la nature. C’est vrai, mais ce serait cantonner cela à de l’illustration, certes indispensable, mais qui ne suffit pas à me combler. La photographie est pour moi une respiration indispensable à côté de mon activité professionnelle. Si j’ai effectivement la chance au quotidien de parcourir des sites naturels exceptionnels, je suis bien souvent aussi amené à constater des dégradations et entendre des discours de façade venant de tous horizons. La photographie me permet donc de parcourir la nature l’esprit libre, et de n’en “retirer” que ce qui me paraît être essentiel. Si la photo en elle-même, tout en étant esthétiquement réussie, permet aussi de sentir le message sans avoir besoin d’un long discours, alors elle est vraiment réussie et utile. Lorsque j’utilise l’écrit, j’essaye plutôt de présenter ce qui n’est pas visible, la cause ou la conséquence de ce qui fait l’image : pourquoi un cours d’eau est en crue, pourquoi le bois mort est important. Je ne pourrais pratiquer la photo sans cette volonté conjointe de passer un message. Pas seulement le message standard, et sans doute galvaudé, “la nature est belle et fragile, respectez-là”. J’ai réalisé une exposition l’année dernière (dossier de presse), sur l’un des territoires que je connais le mieux, le Luberon. Et finalement, presque aucune image ne représente le Luberon des cartes postales. J’ai au contraire voulu montrer qu’il y a dans ce lieu si touristique des lumières hors saison, toute une vie animale et végétale (même des crapauds, qui sont d’ailleurs très photogéniques !), qui méritent l’attention de tout un chacun, et qui permettent de connaître et d’apprécier ce territoire au delà des clichés sur la lavande et les pierres sèches.

MoB - “Nature et Environnement”: le titre de ton site est clair. Il est aussi bien choisi finalement : nous rencontrons en le visitant une grande diversité d’images et malgré tout, une belle cohésion dans l’ensemble : as-tu le sentiment d’avoir pleinement réussi ce mariage entre “art” et “dénonciation” ?

DT - Ce n’est pas à moi de le dire, mais bien entendu, je le souhaite. D’ailleurs, je ne parlerai pas que de dénonciation, la plupart de mes photos montrant plutôt l’aspect positif des choses.
Pour mon site, je n’ai pas opté pour le rangement un peu trop classique et cloisonné à mon goût, qui est pratiqué par beaucoup : animaux, plantes, paysages. J’ai préféré créer des galeries soit par type de milieu (forêt, littoral, etc…), soit par thématique (graphisme, la vie dans un champ sans pesticide, etc…). J’espère en effet que cela représente plutôt une balade virtuelle, orientée par mon regard, plutôt qu’un catalogue d’images un peu froid, même si internet n’est à mon sens qu’une vitrine un peu déshumanisée (mais aujourd’hui primordiale !). Quant à la cohésion, si tu l’as perçue, c’est que l’on sent une unité dans le regard à travers ces images, et je ne peux que m’en satisfaire ! J’essaye d’ailleurs aussi d’avoir une cohérence, et une complémentarité, entre mes images couleurs (plus nombreuses) et noir et blanc.

MoB - la photographie s’inscrit donc pour toi en 2° activité professionnelle : arrives-tu facilement à concilier les 2 activités (principale et photographique)?

DT - Comme je l’ai laissé entendre plus haut, la photographie, comme pour beaucoup de gens je pense, est la respiration de mon activité professionnelle. A ceci près que ces deux activités sont intimement liées en ce qui me concerne, avec comme dénominateur commun, la nature. Les images que je réalise dans le cadre de mon activité professionnelle ont plutôt valeur d’illustration. Donc, je cours aussi après le temps pour effectuer des photos plus personnelles, qui correspondent à ma démarche. D’autant plus que dans le cadre de mon travail, je réalise des prospections et des suivis scientifiques sur des sites bien précis, pas forcément photogéniques ! En revanche, j’ai la chance de bien connaître le territoire que j’habite, ainsi que son patrimoine naturel, ce qui me permet d’orienter facilement mes sorties photo, en fonction de mes envies. Et quand le temps s’y prête, plutôt que de partir à la journée uniquement pour le travail, je me paye le luxe d’un bivouac !

MoB - Nous parlons justement de 2 activités, beaucoup de photographes ont du mal à conçevoir l’implication professionnel de photographe issue de l’amateurisme (au sens noble du terme !!) et dont c’est la deuxième occupation. Il y voit une concurrence déloyale : qu’en penses-tu ?

DT - Je n’y crois guère. D’abord parce que le fait de rester amateur me permet de ne faire que les photos dont j’ai envie, lorsque j’en ai envie, ce que ne peuvent pas se permettre des professionnels dont la photographie est l’activité principale. Et quand bien même on me confierait une commande (ce qui n’est jamais arrivé, puisque je n’ai pas de démarche commerciale), c’est que l’on apprécierait mes images plutôt que celles d’un autre. Je pense que ce qui pose problème actuellement aux professionnels de la photo vient plutôt des microstocks, qui bradent les images grâce à la démocratisation des numériques. Et des commanditaires, qui finissent par ne plus reconnaître le vrai prix d’une photo.

MoB - Comme beaucoup d’entre nous , tu as pris un engagement afin de revendiquer ton statuts indépendant d’auteur photographe en t’impliquant dans la vis du réseau FOCALIS nouvellement créé par Didier Vereeck et Cedric Chassagne !! Quattends-tu de cette implication ? le réseau FOCALIS est -il , à ton avis, porteur d’espoir ?

DT - Le réseau Focalis permet de rassembler des photographes (et sans doute dans un second temps, tout type d’auteurs) autour de valeurs communes. J’y vois en tout premier l’avantage d’une dynamique nouvelle, permettant des échanges et une mutualité qui font souvent défaut dans ce type d’activité. Echanges par exemple d’informations, de savoir-faire, de techniques, de contacts. La volonté est également de développer de l’édition, ou de créer des expositions, grâce à la synergie et à la diversité des membres. Des projets communs verront le jour, et ils nous permettont d’aller au-delà de ce que nous aurions pu faire chacun de notre côté, avec une qualité et une vision commune, quel que soit le sujet.

Plus généralement, je suis très intéressé par le concept d’”auteurité” que veut valoriser le réseau. Le réseau Focalis n’est pas axé sur la photo de nature, et c’est ce qui m’intéresse : plutôt que de rester concentré sur un microcosme de naturalistes photographes, il s’agit pour moi dans ce réseau d’élargir mon horizon, de se remettre en question au contact de gens qui ont une pratique différente. D’ailleurs, faire de la photo de nature et se sentir auteur sont deux choses bien différentes, et j’espère arriver à mettre en avant les deux à travers ma démarche photographique. En tout cas j’y travaille !

MoB - Je ne t’ai rencontré qu’une seule fois, c’est trop peu pour bien connaitre une personne mais j’ai le sentiment que tu aimes les choses bien faites : ton implication dans le réseau FOCALIS le prouve : as-tu des projets concrets dans ce sens pour les mois à venir ?

DT - Focalis est tout jeune, nous avons encore beaucoup à faire pour que les valeurs que nous voulons porter soient visibles. Je crois qu’au sein du réseau, nous aimons tous les choses bien faites, c’est une des valeurs qui nous tient à cœur, et c’est pour cela que nous prendrons le temps nécessaire pour voir aboutir des projets. Parmi ceux auxquels je pense, l’édition d’un livret présentant le travail de chaque auteur, au sein d’une ligne éditoriale commune me paraît une bonne entrée en matière. La thématique de l’eau et du littoral retient aussi notre attention, c’est un sujet vaste, qui me tient à cœur, et qui permettrait de mettre à contribution pas mal de compétences au sein du réseau.

MoB - Voila David : cette interview se termine et je souhaite comme il est de coutume te laisser le mot de la fin !!

DT - Je voudrais tout simplement te remercier de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer à travers ces quelques lignes, mais aussi pour ton implication dans le monde de la photo. Je souhaite une très bonne continuation à “Mat ou Brillant ?”, une longue vie à Focalis, et bien sûr car c’est notre moteur, de merveilleuses images à tous !

Vous pouvez donc retrouver toute l’actualité de David Tatin sur son site ICI et vous pouvez déjà le féliciter pour sa toute nouvelle 3° place au concours photo de la FRAPNA: il va avoir l’immense plaisir de voir les baleines au large du cap Sicié. Tiens !! un endroit que je connais bien.

A BIENTOT

avril 20th, 2009 at 20:24


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