Association de promotion de la photographie d’auteur

Cedric Chassagne - la providence d’un grand talent

Interview de Cedric Chassagne (photographe FUJIFILM) dans le cadre de la manifestation “Les auteurs photographes MoB 2009″

MoB : Bonjour Cedric, tu es pour ainsi dire arrivé comme une providence dans la vie de l’association «Mat ou Brillant ?» alors que cette dernière doutait encore de pouvoir organiser sa première exposition promotionnelle « l’auteur photographe MoB 2009 » avec comme vedette Stephane Hette. Cette providence m’a soudain donnée l’envie de mettre au pluriel “l’auteur” alors que nous venions d’apprendre que l’exposition de Stephane ne pouvait pas être présente plus de 15 jours sur Carnoules, C’était début juillet. Il fallait aller vite d’autant que l’arrivée des vacances allait perturber toute cette belle dynamique. Il nous fallait une deuxième vedette et tu as accepté rapidement alors que beaucoups auraient reflechis à deux fois avant de se lancer dans l’aventure. Qu’est ce qui t’a finalement donné l’envie de montrer ton travail à Carnoules (Var) ?

Cedric Chassagne : Le travail dont il est question est un travail photographique de sensibilisation à l’environnement, en tant que tel, je le présente le plus souvent possible, d’autant qu’il est le représentant d’une partie non négligeable de mon activité, la partie immergée d’un iceberg de travail de fond, qui lui n’est pas visible. La venue à Carnoules est ensuite motivée par la grande dynamique de l’association MoB, et par cette excellente initiative de mise en avant régulière et réelle d’auteurs photographes, j’ai trouvé que cette idée était comme un oasis dans le désert. En effet, à moins de faire partie du caravansérail, il est rare de trouver des volontés désintéressées prêtes à braquer les projecteurs de cette manière. Donc, je fonce avec MOB.

MoB : Merci beaucoup, hihi !! Il est vrai que tu es un photographe discret , c’est dommage alors rapidement avant de plonger au coeur de l’interview, peux-tu nous faire une courte présentation de l’artiste qui sommeille en toi?

CC : Discret, effectivement, car une partie de mon travail est sous tendue par de l’expérimentation scientifique, et est soutenue en tant que telle par des organismes ou personnalités issues du monde de la science (Jean Louis Etienne, Association des sciences naturelles du Tarn, Muséum d’Histoire Naturelle de Gaillac, Inra). Dans cette sphère, la discrétion est de mise, d’autant plus dans mon cas alors que je travaille sur l’éventuelle reproductibilité de résultats avec un ami de l’Inra de Thonon, mais à ce niveau, vous en saurez plus au vernissage et lors de l’exposition, je ne veux pas trop dévoiler le contenu de ce travail avant l’heure H ! En ce qui me concerne, je suis donc avant tout un passionné de photographie et de nature, à temps plein dans cette activité, dans plusieurs directions :

- Eco-photographie.
- Vente de tirages limités.
- Reportage social sur le monde rural.

Dans le cadre de ces activités, je pratique la photographie d’insectes et de fleurs, de flore, le paysage, de paysages urbains dans un axe très fine-art, notion assez complexe à définir, mais disons que je m’éloigne de plus en plus du figuratif pour aller vers des choses plus picturales. En terme de support, j’utilise encore l’argentique en diapositive et en noir et blanc, étant soutenu dans mon travail par Fujifilm.

MoB : Il est vrai que l’association, suite aux bonnes nouvelles de début de vacances d’été, a baigné dans une certaine euphorie mais l’aventure n’en est qu’a ces début. Dans ce cadre là, tu as pris le risque de présenter un travail fort original sur l’eutrophisation des cours d’eau et tu te dis toi même photographe environnemental, peux-tu nous en dire davantage sur cette démarche ?

CC : Et bien disons que dans le cadre de ce travail, j’ai utilisé le média photographique dans plusieurs buts :

- Magnifier des lieux et des moments.
- Fixer plusieurs dimensions (temps, espace) en un flash, une image.
- Le rendre outil d’un point de vue, d’une démonstration, d’un propos.
- Conjuguer ces trois éléments pour l’image soit une complétude dans mon esprit, une espèce d’entité formée par ceux-ci.

Le propos de fond est de proposer l’utilisation de l’appareil photographique comme un outil de démonstration scientifique possible, en même temps qu’un outil “d’esthétisation”. Dans le cadre de cette utilisation, les problématiques liées à la pollution de l’eau m’ont immédiatement sauté aux yeux, moi qui suis pratiquant des eaux vives depuis mon enfance, leur dégradation m’a amené à travailler sur ce support si particulier puisque il change en permanence, incarnation dans une certaine mesure du passage sur Terre de la vie de chaque homme, les vies passent, les dégradations restent, comme dans le lit des rivières et des ruisseaux photographiés. L’environnement en tant que cause est donc ainsi devenu le support d’une partie importante de mon travail photographique, je me suis donc qualifié d’environnementaliste, cela me correspond bien.

MoB : « Aigua y Roc » (nom de ton exposition), retient l’attention pour deux très bonnes raisons : les images présentées sont empruntes d’une poésie extrême, sombre et doucement inaltérable et pourtant le propos est inverse alourdi par un message d’urgence. Quand t’es tu aperçu finalement que ce phénomène d’eutrophisation pouvait tant marquer la pellicule ?

CC : Je me suis rendu compte de ce phénomène en m’interrogeant simplement sur la nature physique du blanc de mes images. Cette matière blanches, faite à priori d’eau, m’a paru passionnante à travailler, à mettre en exergue, et m’interroger sur sa nature réelle m’a amené à des notions passionnantes telles que l’oxygénation, l’albédo, l’eutrophisation, et je me suis attaché à trouver une méthode qui puisse être rigoureuse dans sa reproductibilité, à travers des mesures de cubage, de temps de pose et de traitement automatisé des images. Et ce blanc à trouvé son nom : albédo des particules d’oxygène, autrement dit, signe d’oxygénation ! Jusqu’à ce jour, si le propos repose sur des observations scientifiques, il reste une “poétisation” théorique d’une problématique environnementale, et pas un mode prouvé de démonstration. C’est sur cet aspect que je travaille aujourd’hui.

MoB : L’écologie et l’environnement sont des termes à la mode . Il n’est plus forcément le fond de commerce de personnes aussi médiatiques que Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand. Il y a maintenant urgence. Selon toi, a quel niveau doit se placer le photographe pour ce rendre utile dans ce contexte d’urgence ?

CC : Je crois que le temps de l’œuvre de témoignage telle qu’elle est depuis des décennies est complètement dépassée, le temps est à l’action, cette action devrait se faire à plusieurs niveaux, scolaire, environnemental, professionnelle … et dans le cadre de cet action, l’appareil photo peut devenir le prisme des habitants de la Terre, faisant eux-mêmes à leur tour œuvre de témoignage, nous photographes devrions accompagner cette prise de relais, car c’est toujours en faisant soi-même que l’on apprend, je vois donc le photographe comme un accompagnant, l’appareil photographique comme un outil pédagogique, et l’image comme un témoignage universel, support des temps et des émotions.

MoB : Nous l’avons donc vite compris, ton positionnement photographique environnemental est intéressant car il donne à penser que nous sommes capable de construire une image ou un ensemble d’image visuellement séduisant tout en lui cvollant un message fort. Vois-tu dans cet « esthétisme revendicateur » une partie du salut de la photographie d’auteur mise à mal par le phénomène des microstock ?

CC : En effet, je crois qu’il peut y avoir deux styles de photographie d’auteur, la photo d’art, gratuite dans son intention, sans revendication particulière parfois, et sans sens nécessaire, et puis il y a la photographie de l’homme auteur, dans laquelle il va mettre du sens, inclure un propos, accompagner l’image par des éléments du monde ou des éléments de lui-même, et peut-être, organiser un travail autour d’une thématique précise, à l’instar du reporter ou du journaliste, en ce sens, la valeur « marchande » des biens créés échappe complètement aux micro stocks, faits de milliards d’images sans liens entre elles, sinon un nom, un lieux, une chose, il manque ce ferment indispensable à une œuvre réelle : l’humain, son âme, cet héritage de la culture, de la société qui est la sienne, de sa famille, de sa formation à la vie, enfin.

MoB : A titre personnel, je n’ai pas été le seul à être séduit par ton travail puisque l’exposition « Aigua y Roc » a comme parrain une personne illustre et fort discrète , hélas : il s’agit de Jean Louis Etienne, tu l’as déjà mentionné plus haut. Elle a reçu, de plus, depuis cette année le label « année international de la terre ». J’imagine que cette reconnaissance t’as donné des ailes pour continuer dans cette voie. As-tu d’autres projets similaires ?

CC : Oui, j’ai plusieurs autres projets, dont « Le ballet des pollueurs », ou même un nouveau style de films argentiques, mais comme ce sont des projets, ma discrétion m’oblige à … la discrétion ! En tous les cas, disons que je reçois un peu plus d’audience actuellement, puisque cruellement, l’écologie et l’environnement sont « à la mode », un business florissant, mais au moins a-t-il pour atout d’être moins polluant !

MoB : Je sais aussi que tu souhaites donner un peu de ton temps et de ton talent au sein d’un « important collectif » (j’ai repris tes propos). Etant aussi à titre personnel proche de ce collectif, je ne souhaite pas revenir sur l’aspect peut-être plus traditionnel du collectif mais plutôt aborder son aspect environnemental, domaine important pour toi. Peux-tu nous en dire davantage sur cet orientation précise du collectif en gestation ?

CC : Disons que si nous sommes collectivement d’accord, il me paraît important d’associer à la parole, les gestes. Ainsi, si notre collectif génère des revenus, il me paraîtrait important qu’une partie de ceux-ci soit dédiée à la protection ou la régénération de notre environnement, une proportion d’un tiers de ces revenus potentiels me semble opportune, car tangible en terme d’effort consentis. Car ne nous y trompons pas, la défense de notre sol doit passer et passera nécessairement par des sacrifices et des efforts en terme de mode de vie, cela j’en suis persuadé. Ainsi, devenir de nous-même et loin de toute idée de business eco-responsables est un pas important vers la modernité en ce domaine ou le volontariat est un peu le parent pauvre, derrière les remises d’impots et autres cadeaux fiscaux.

MoB : Comme beaucoup d’entre nous, tu as commencé la photographie très jeunes et elle a fait finalement un peu partie de ton éducation. Aujourd’hui , alors que tu as la reconnaissance de tes pairs, quel bilan tu peux tirer de toutes ces années de photographie ?

CC : Je dirais que l’apprentissage de la photographie, qui dure à vie, accompagne l’apprentissage de la vie, les deux chemins sont un unique, parfois sinueux, parfois plus rectiligne, mais toujours passionnant ! Et puis, quelle richesse humaine jalonne nos chemins, on croise tous types de personnalités, des interactions se créent, des portes s’ouvrent, d’autres se ferment, certaines oubliées reviennent, passionnant !

MoB : Tes projets sont nombreux, il le faut car il doivent te faire vivre. Nous sentons aussi quelques part que tu souhaites te préserver en entretenant un peu le secret autour de ton travail et de ta démarche. Qu’attends-tu finalement de l’avenir? Quels sont tes voeux les plus chers?

CC : Hi hi ( !) … Je ne sais pas ! Devenir plus grand intérieurement, surtout, je crois, je ne recherche pas la notoriété, artistique ou autre, mais si déjà j’arrive à faire mon bout de vie en accord avec moi-même, aux côtés de ma famille, de mes amis, sans trahir mes convictions profondes, ce sera pas si mal. Je conseille à cet égard le poème « If ». Pour que mon idée du chemin de vie se fasse dans la quiétude, il est vrai que je me préserve, que je reste assez « secret » depuis un an ou deux, c’est aussi une manière d’affirmer l’autorité de l’homme sur ce qu’il produit, ce que je fais n’a pas besoin d’approbation pour être. D’une manière plus générale, j’aimerais que l’avenir nous fasse regarder vers certains points d’un lointain passé, vers la Grèce antique, vers Socrate, vers l’Agora d’antant, pour retrouver ce plaisir de l’échange et des idées, et revenir un peu sur le local. Tous, à côté de nous, nous avons des amis, des voisins, avec qui nous pouvons échanger, produire, vendre, acheter, sans passer par des montages modernes, ou d’immenses structures, le relocalisation des rapports humains, en quel sorte, car à surveiller l’eau du nil, on met de l’essence dans le fossé de notre maison.
Quand à mes vœux les plus chers, certains sont très personnels, très familiaux, donc pas très intéressants ici, alors d’une manière plus générale, je souhaite une période de sagesse dans l’humanité. Et un véritable partage. Et de manière plus personnelle, j’aimerais arriver à finir un manuscrit, car j’écris de l’héroïc fantasy, mais n’est toujours pas fini !

MoB : voilà, je vais te laisser tranquille et comme l’exige la tradition , je souhaite te laisser le mot de la fin. Je te remercie en tout cas pour ta disponibilité, ta patience et ta passion.

CC : Le mot de la fin ?
Prendre une image, quelque soit le support, à du sens, pourquoi on la prend, pourquoi on l’a faite comme ci ou comme ça ? Et pourquoi la photo d’abord ? Et pourquoi ? Est-ce un acte, une pensée, derrière ce mouvement de l’index, qu’y a-t-il au fond ? Et enfin, je vais aller dans le paradoxe, l’environnement et sa préservation sont essentiels, oui, mais essentiels SEULEMENT pour la race humaine et le monde dans lequel elle vit, la Terre, elle, survivra à tous nos cataclysmes, se réinventera (lire « Le voyageur imprudent » ) alors ne faisons pas de l’écologie, qui est la préservation de la biosphère, de son biotope, de l’homme pour l’homme, une espèce de fantasme d’éternité, une nouvelle religion, promesse de vie après la vie, chaque chose à sa place, et cultivons notre jardin.
Et merci à MoB de se faire le relais d’auteurs parfois trop discrets

Cedric Chassagne exposera dans le cadre des “auteurs photographes MoB 2009″, n’hésitez pas à venir voir cette exposition de très grande valeur artistique et scientifique !!

- Galerie du Grand Cros
- du 9 au 30 novembre 2009
- de 9h à 12h et de 14h à 18h , du lundi au samedi
- entrée libre et gratuite
- renseignement au 06.06.42.13.48
- email : info@matoubrillant.org

Merci de votre soutiens à tous
Propos recueillis par Michel Lecocq pour MoB

septembre 2nd, 2009 at 20:55


2 Responses to “Cedric Chassagne - la providence d’un grand talent”

  1. Saint-Sevin Bernard Says:

    Superbe coincidence, qui a fait que Cédric expose dans le cadre de MoB.

    Vous vous en doutez certainement mais j’apprécie fondamentalement tout le travail de Cédric, mais encore plus les qualités humaines de l’individu.

    Félcitation à MoB pour promouvoir ainsi des auteurs dans leur parcours professionnel.

    Cordialement .

    Bernard

  2. Cédric Chassagne Says:

    Bonjour,

    Merci Bernard pour ce mot ! Et merci à MoB pour cette opportunité !

    Amicalement, Cédric.

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