Association de promotion de la photographie d’auteur

Une rencontre intéressante : la photographe Anne Laure Jacquart

C’est au hasard des rencontres sur le net que j’ai découvert le travail d’Anne Laure Jacquart. Nous étions tous les deux impliqués dans un projet qui, en ce qui nous concerne, ne verra pas le jour mais qui aura permis néamoins pour ma part, cette découverte. Depuis la fin août, Anne Laure a lancé une nouvelle conception de formation que je trouve très originale. C’est aujourd’hui l’occasion de découvrir une jeune photographe bourrée de talent et l’idée qui a germé dans sa tête « le suivi photographique personnalisé ».

Mat ou Brillant ? : Bonjour Anne Laure
Lorsque j’ai vu pour la première fois ton travail sur le net, j’avoue avoir été décontenancé, au premier abord, par la multiplicité des approches photographiques proposées. Et puis avec le temps et avec l’évolution de ma propre démarche photographique, j’ai trouvé que ce foisonnement d’idées bien souvent novatrices ou tout au moins originales par rapport à ce qui se fait, donne à l’ensemble de ton « oeuvre » une richesse de vision unique qui m’amène davantage à poser mon regard sur ton travail, ces derniers temps. Tu ne parles que peu de toi sur ton site. Nous te devinons des affinités pour une certaine forme de photographie fortement mise en scène d’une manière ou d’une autre (le regard ou bien l’outil informatique … mais cela reste à découvrir!!). Nous te devinons des relations plutôt assez étroite avec des lieux exceptionnels (l’Hotel) mais il y a peu d’information sur toi. En quelques mots, qui es-tu ?

Anne-Laure Jacquart : Bonjour ! Je suis une photographe de 28 ans. Passionnée de créa et de photographie, j’essaie de jouer les alchimistes avec mon regard. Je pense que la photo n’est pas scénarisée par l’outil informatique mais par l’oeil ! Le travail sur ordinateur est davantage une “mise en ambiance” pour moi (voir pour cela la série “Loneliness”). Il me sert à trouver le contraste et la couleur qui convient à ce que mon caractère rêveur a imaginé à la prise de vue. J’aime être en décalage avec la réalité, montrer des choses qui existent sans aucun trucage et que, pourtant, presque personne ne voit. Voir et montrer les choses différemment, les modeler à l’aide de paramètres photographiques (angle de vue, cadrage, profondeur de champ, contraste…) est ce qui me pousse à faire de la photo.

MoB : Je me suis plongé dans ton travail et il y a une galerie qui a très vite retenu mon attention, non pas qu’elle soit la plus impressionnante (je préfère pour cela “Dr. L. , chirurgien dentiste”) mais qui montre de réelles qualités d’observation, d’imagination: il s’agit de la série « déco pastel ». La question va te paraître peut-être difficile mais comment arrives-tu à transcender le quotidien et à faire que cela devienne même une oeuvre d’art ?

A-L J : Il est vrai que cet aspect de la photo n’est pas évident à évoquer car il est question, tout simplement, d’inspiration. Et, par nature, l’inspiration est impalpable, furtive et ne se laisse pas facilement cerner ! Certains jours, on se dit que tout est moche autour de nous et que rien ne vaut la peine que l’on sorte un appareil… Et puis à d’autres moments, chaque centimètre carré de notre décor quotidien est digne d’émerveillement ! C’est l’inspiration qui fait la différence, la curiosité aussi, la capacité à regarder les choses avec plus d’attention et de bienveillance. A nous de cultiver cette inspiration pour que, le plus régulièrement possible, notre quotidien soit transcendé par une vision nouvelle, personnelle et que l’on puisse transformer cette glaise informe en une création inoubliable !

MoB : A un autre niveau, je me suis amusé à imaginer dans quelle ambiance, dans quelle état d’esprit chacune de tes séries pouvait me conduire et je me suis alors aperçu que tu étais capable de travailler sur plusieurs niveaux de sensibilités. J’avoue trouver cela assez remarquable . A coté d’ensembles plutot inquiétants ou suggérant l’immédiate émotion (« Course poursuite en foret » par exemple ou « Paris s’ensommeille »), tu es capable d’aborder des séries d’illustration plus « lisses » voire plus glamour (“l’imagier des couleurs” a beaucoup retenu mon attention). Aujourd’hui, je trouve cette façon de travailler indispensable mais au delà de l’esprit financier, cette diversité se pose-t-elle comme une nécessité ou s’est-elle plutôt naturellement imposée à toi ? Quelle démarche te semble la plus évidente ?

A-L JEn fait, j’aime les ambiances fortes, les images qui ont de l’impact… et cette attirance me conduit à faire des images assez variées. Une atmosphère est intéressante pour moi qu’elle soit angoissante ou particulièrement paisible, qu’elle pose question ou qu’elle fasse sourire…
Je m’intéresse, le plus souvent, aux extrêmes pour ne pas faire d’images “tièdes”, pour réaliser des photos réellement expressives. Certains jours j’ai envie de photographies monochromes aux noirs profonds, d’autres fois je me retrouve dans des photos très lumineuses aux couleurs vives. Question humeur et d’intention ! Je suis moi-même très plurielle, je crois. Cet éclectisme est dû également à mon recul par rapport au sujet. Contrairement à la plupart des photographes, je n’ai pas de thème de prédilection (photo nature, sportive, reportage, portrait etc). Ce qui compte pour moi, ce n’est pas le sujet que je photographie mais le regard que je vais pouvoir poser sur lui. Ainsi photographier une usine désaffectée m’intéresse tout autant qu’immortaliser un hôtel de luxe ! Cette diversité d’approche est plutôt un handicap au niveau professionnel car il m’empêche d’avoir un travail facilement identifiable. Les gens peuvent difficilement me cataloguer dans une catégorie et moi devenir une référence dans la catégorie correspondante… J’apprécie l’ouverture d’esprit que me donne cette philosophie de la photo, détachée du sujet, mais je crains de trop me disperser parfois.

MoB : Tu as un style, indiscutablement … et c’est sans doute ce qui fait ta force dans la diversité des approches que tu proposes sur ton site. Si tu avais un conseil de travail à donner par rapport à une recherche d’identité photographique, quel serait-il finalement ?

A-L J : Il est très difficile de trouver son identité photographique, de l’identifier, de la comprendre. Moi-même, j’ai bien conscience des constantes qui jalonnent mon travail et font mon style mais j’aurais bien du mal à le caractériser en quelques mots. L’identité photographique est un mélange d’intention expressive (savoir quel état d’âme on veut partager, connaître sa propre identité pour la transmettre dans ses images) et de recherche esthétique (s’affirmer dans notre manière de cadrer, de composer, de jouer avec les paramètres artistiques de l’image, se trouver un rendu).

MoB : Tu es donc une artiste photographe jeune mais déjà confirmée (en sachant que bien souvent, la maturité photographique s’acquiert après beaucoup d’années), la cohérence de ton travail le prouve. J’ai l’impression, maintenant, que l’offre de service photographique que tu proposes, le « suivi photographique personnalisé », sonne comme un nécessaire besoin , non pas comme une finalité mais plutôt comme une continuité logique. En parlant de ce concept très intéressant, de quoi s’agit -il précisément ?

A-L J : Le suivi photographique personnalisé est une sorte de coaching photo, par mail. Il me permet d’accompagner ceux qui le souhaitent dans leur pratique photographique, de les aider à prendre conscience de leurs qualités, de leurs défauts. Je leur donne des conseils pour qu’ils progressent et s’affirment en photo. Il s’agit, en effet, pour moi, d’une continuité par rapport à mon vécu photographique car cette manière de vivre la photo en laissant les considérations matérielles et techniques à l’arrière plan pour me concentrer sur le travail du regard, j’ai vraiment envie de la faire partager.

MoB : Inutile de te dire que je trouve l’idée très originale et particulièrement attirante tout simplement parce que je suis bien incapable, pour ma part, de proposer un tel service, l’art de la critique ayant toujours échappé à mon entendement, et parce qu’aussi, je crois qu’il y a un réel besoin d’accompagnement pour les photographes débutants qui ne trouvent pas forcément dans les revues ou sur le net justement, l’aide parfaite nécessaire. Tu parles de « coaching », un mot à la mode. De quelle manière arrives-tu, justement, à construire ta réflexion photographique par rapport aux images qui te sont proposées ?

A-L J : Ma formation d’enseignante me permet d’allier certaines compétences pédagogiques à mes acquis photographiques. J’aime beaucoup le rapport personnalisé que l’on peut établir dans le cadre d’un apprentissage. Dans les revues, sur les forums photo ou dans les clubs, toute discussion part de la technique. La conception que l’on se fait de la photographie est complètement faussée par ce foisonnement d’informations sur les matériels, les techniques de prise de vue, de retouche. Par l’intermédiaire de ce suivi, j’espère conduire ceux qui le souhaitent à un vrai travail du regard, le seul outil irremplaçable du photographe !! Pour chaque image que je décrypte dans le cadre du suivi, je donne des informations assez objectives (Si l’image est sombre, déséquilibrée ou si elle a des couleurs vives, un aspect graphique par exemple), et j’exprime des opinions subjectives (J’indique ce qui me plait, ce qui me gêne et pourquoi. Il est impensable, pour moi, de critiquer une image comme une machine et de ne pas parler de ce que l’on peut ressentir devant une photographie !). Cela donne une approche très humaine à ce suivi. Une relation de confiance s’instaure. Mes “élèves” savent que je vais prendre le temps de regarder leurs images avec bienveillance et de leur donner des conseils. Ils ont donc d’autant plus envie de faire de bonnes photos ! Ils savent qu’ils peuvent exprimer leurs questionnements, leurs doutes et se sentent soutenus. Au fur et à mesure, les petits défauts de leurs photos leur sautent aux yeux et, par la suite, ils deviennent plus exigeants, ont le regard plus aiguisé lors de la prise de vue. C’est en tous cas ce qu’expriment les personnes qui m’ont fait confiance pour cette prestation. les inscription pour le mois d’octobre sont d’ailleurs ouverte, cliquez sur le lien ICI pour en profiter.

MoB : Nous disons bien souvent que c’est le partage et l’émulation qui nous font énormément progresser. A travers cette action, que recherche tu finalement, personnellement ?

A-L J : Je recherche sans aucun doute cette dimension pédagogique que j’apprécie, le contact avec autrui, le partage de cette passion qu’est la photographie.

MoB : J’ai essayé rapidement de trouver la même idée sur le net, je n’ai rien trouvé de tel. Est-ce-que cela veut dire que la démarche est rare ? Je ne suis pas loin de le penser tant le photographe est plutôt solitaire et parfois avare de conseils. C’est donc une offre de partage rare sur la toile, bien sur payante et néammoins extrèmement constructive (je veux bien le croire si le photographe demandeur veut réellement progresser). Peux-tu nous préciser les prestations offertes pour 35€ par mois ? … et comment doit-on s’inscrire ?

A-L J : Je crois que c’est assez novateur en effet ! Il existe beaucoup de cours, surtout par groupes… car c’est plus rentable ! Cette approche personnalisée me tient à coeur et constitue le fondement de cette idée de suivi. Les relations par émail sont également un point fort car elles annihilent les limites géographiques et permettent à chacun de s’organiser comme il l’entend sans avoir à dégager 2h dans son emploi du temps pour une séance photo. Ma prestation comprend 4 décryptages photo par mois (environ un par semaine). J’écris une analyse approfondie et argumentée de l’image que j’accompagne de conseils perso, parfois d’une suggestion de recadrage, de retouche. Le caractère “suivi” me permet de connaître les photographes et d’être au plus proche de leurs attentes, de leurs besoins. Je peux de comparer leurs photos, et constater leur évolution.
Pour s’inscrire, il suffit de me contacter par email!

MoB : Tout autre chose maintenant mais qui, je crois, est très liée à ce type d’offre de service. La photo est, dit-on, en crise (dépôt de bilan d’agence et force de vente des microstock), quelle sont les réponses à apporter face à des menaces qui sont aujourd’hui le quotidien de nombreux photographes ?

A-L J : Si j’avais la réponse !…
J’ai, personnellement, bien du mal à comprendre que, dans le monde d’images dans lequel nous vivons, la photographie soit autant ignorée voire méprisée… Les gens n’ont pas une bonne culture de l’image, il me semble. A force de voir des photos en quantité et non en qualité, on finit par penser qu’il n’existe que ces images banales et sans impact qui nous submergent et que la photo ne vaut pas un kopeck !!
Il faudrait une nouvelle prise de conscience de la valeur d’un photo, du travail qu’est celui du photographe, de la condition d’indépendant… Mais comment faire ? Je n’en ai pas la moindre idée…

MoB : Crois-tu que des services tels que celui que tu as mis en place « le suivi photographique personnalisé », peuvent à terme et modestement redorer le blason d’une profession trop souvent assez mal comprise ?

A-L J : Je n’aurai pas cette prétention ! Mais cela peut peut-être contribuer à apaiser certaines frictions entre professionnels et amateurs qui ont souvent bien du mal à se comprendre de part et d’autre (voir l’article “amateurs et professionnels, même combat”)… A travers ce suivi, certains amateurs prendront conscience que les professionnels ne leur en veulent pas de faire de bonnes photos et qu’au contraire, ils sont même prêts à les y aider. Nous ferons ainsi passer l’idée que le seul enjeu qui devrait nous animer tous consiste à tirer la qualité des images vers le haut et à faire en sorte que les photographies soient jugées et rémunérées à leur juste valeur.

MoB : Finalement, ta démarche d’accompagnement, bien qu’utilisant un vecteur très moderne, me rappelle un peu et sous une forme bien sûr très différente, le temps des photographes de quartier qui dispensaient leurs services auprès de la population, il y a de cela un siècle. C’est un peu un retour aux sources séduisant qui me fait croire que la photographie a tout de même un bel avenir devant elle, un peu grâce à toi, qu’en penses-tu ?

A-L J : La présence des photographes de quartier correspondait surtout à un besoin technique, mais c’est vrai que la proximité que je recherche avec ce suivi est assez proche de cet esprit “du quartier”. Avec le net, le monde est un village ! Je pense proposer ce suivi en anglais et en italien et accompagner ainsi des photographes de tous horizons. Quelle ouverture d’esprit et quelle liberté d’action ! C’est sûr que la photographie a encore un bel avenir devant elle et je ne suis pas pour grand chose là dedans ! Mais les avancées technologiques ne doivent pas nous faire oublier l’essence de la photographie : regarder et cadrer. Je suis loin d’être rétrograde, je vis avec mon temps ! Je photographie en numérique, je recadre, je retouche, je diffuse mes photos sur le net, mais je ne me sens pas différente des photographes d’antan grâce à ce plaisir de l’oeil qui nous est commun et qui est bien plus fort que ces différences de moeurs qui font une époque.

MoB : Au delà du suivi photographique personnalisé et en sachant que tu n’es pas photographes à vivre sur tes lauriers, as-tu des projets ou des travaux en cours à nous faire partager ?

A-L J : Après l’illustration, cette année, du livre de cuisine “L’école de cuisine aujourd’hui” avec le chef Bruno Cardinale, je pense continuer à travailler sur ce genre de projets avec des éditeurs. La photographie gastronomique est un plaisir de l’oeil et des sens en général qui me plait beaucoup. Elle permet une réelle expression artistique. Je continue mes prises de vue clients pour des hôtels, restaurants, confiseurs… sans doute quelques couvertures de romans également. Quelques expositions sont prévues. J’expose, en particulier, la série de photographies prises chez le dentiste en octobre à la Maison Dentaire de Lille (Vernissage le 23 octobre à 19h et Permanence le 24. Du 26 octobre au 5 novembre aux horaires d’ouverture de la Maison Dentaire). Vous êtes cordialement invités ! Quelques autres projets sont en cours, dont je ne peux pas encore parler.

MoB : L’interview tire à sa fin, j’espère ne pas avoir été trop maladroit. Je te souhaite beaucoup de succès dans ton entreprise car je sais que tu le mérites. Tu peux profiter de ces dernières lignes pour nous rappeler les modalités et conditions d’inscription au « suivi photographique personnalisé » . N’hésitez d’ailleurs pas à vous inscrire pour le mois d’octobre, cela vaut réellement le coup. Merci , Anne-Laure et à très bientôt.

A-L J : Le suivi est réellement personnalisé et personnalisable !… ainsi n’hésitez pas à me contacter pour toute demande particulière. Les inscriptions pour octobre sont ouvertes jusqu’en milieu de semaine prochaine. Vraiment un grand merci à “Mat ou Brillant” pour cette interview pertinente… dans laquelle je n’ai pas même dû citer quel matériel j’utilise !! Merci beaucoup pour cette mise en lumière de mon travail et de mon suivi photo.

A tous…. ouvrez l’oeil ! ;)

Propos recueilli par le petit manchot MoB pour l’association “Mat ou Brillant ?”

septembre 29th, 2009 at 0:27


3 Responses to “Une rencontre intéressante : la photographe Anne Laure Jacquart”

  1. ongalain Says:

    Bonsoir

    Je participe à ce programme de “coaching”, de suivi, comme je l’ai déjà dit à Anne-Laure, ces remarques,conseils, et décryptages sont très pertinents et tout à fait justes.
    Le dialogue s’est engagé de façon agréable et surtout c’est très constructif.
    Après un mois de septembre de test , je continue pour le mois d’octobre.

    Photographiquement
    Alain

  2. Lark Says:

    Merci pour cet interview !

  3. Bribes de réel Says:

    (Re)découvrir Anne-Laure Jacquart : "interview Mat ou Brillant"…

    Je crois vous avoir déjà conseillé d’aller voir le blog d’Anne-Laure Jacquart qui est une photographe pleine de talent. Pour la redécouvrir, vous pouvez lire l’interview pertinente et riche qui lui est consacrée sur le site de "Mat ou Bril…

Leave a Reply