“Mat ou brillant ?”, association pour la photo d’auteur

Emmanuel Boitier, quand nature rime avec talent

Emmanuel Boitier est , avec Franck Olivas, l’un des deux photographes sélectionnés pour exposer en octobre et novembre 2010 du coté du Var , à Carnoules. L’exposition se déroulera du 16 octobre au 30 novembre dans la galerie du domaine du grand Cros. Le vernissage se fera le samedi 16 octobre dans un cadre , je crois , parfaitement adaptée aux images d’Emmanuel. Mais avant tout cela, je crois qu’il est bon de mieux connaitre l’artiste que nous allons avoir l’immense plaisir de cotoyer pendant ces quelques mois.

MoB : Bonjour Emmanuel, tu as été choisi par l’association « Mat ou Brillant ? » pour être l’un des deux auteurs photographes MoB de l’année 2010 au coté de Franck Olivas. Pour nous, membres de l’association, après une première édition déjà exceptionnelle et particulière, c’est une chance de pouvoir une nouvelle fois proposer aux lecteurs et au public , un auteur de grand talent. Un auteur de grand talent certes mais discret !! Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Emmanuel Boitier : Hum… je te remercie pour l’appréciation, mais tu m’embarrasses un peu. Âgé de presque 39 ans, je réside avec ma petite famille (la maman, Mariline, et les deux filles, Margaud et Mélanie) en Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, non loin des monts Dore. Le reste n’a pas grande importance, non ?

MoB : Venons en à la photographie puisque c’est cela principalement qui nous intéresse. Les photographes que j’ai croisés au cours de mes quelques déplacements m’ont très souvent avoué « qu’ils étaient tombés dedans quand ils étaient petits ». Est-ce ton cas? Finalement, depuis quand pratiques-tu cette activité ?

Emmanuel Boitier : Il y a toujours eu un appareil photo à la maison, qui était le compagnon naturel des vacances. Gamin, je me souviens de la fascination que j’éprouvais pour le reflex de mon père, soigneusement déposé sur un rayonnage de la bibliothèque. Fascination pour l’objet lui-même d’abord, un truc magique ça de pouvoir faire des images !, mais aussi parce que l’objet m’était défendu, je n’avais pas le droit de l’utiliser quand je voulais (c’est bien connu, on désire souvent ce qu’on n’a pas…). Plus tard, vers 17-18 ans, j’ai pu m’acheter mon propre appareil, avec les premiers salaires des jobs d’été. Cela fait plus de 30 ans que j’ai la chance d’avoir un appareil photo dans les mains.

MoB : Nous puisons tous notre inspiration, parfois d’ailleurs d’une façon plus ou moins consciente, dans le travail de photographes illustres disparus ou contemporains. Quels ont été ou quels sont les photographes qui t’ont le plus marqué et qui ont orienté ta démarche photographique ?

Emmanuel Boitier : J’aime les photographes qui travaillent la lumière et la composition, et je suis particulièrement réceptif au travail de photographes chez qui l’exigence de la belle image est permanente, y compris quand le sujet photographié se suffirait à lui-même. Des noms comme David Muench, Ansel Adams ou encore Sebastião Salgado, pour ne citer qu’eux, ont indéniablement accompagné mes premières années de photographie. Aujourd’hui, j’apprécie la sobriété ciselée d’un Michael Kenna ou d’un Shinzo Maeda, tout comme la créativité subtile de jeunes photographes comme Sandra Bartocha et Orsolya Haarberg. Je suis également très sensible au travail de certains photographes animaliers qui ont selon moi une manière d’aborder et de composer leurs images toute empreinte de celle des paysagistes, en particulier Frans Lanting, Jim Brandenburg, Vincent Munier et Christophe Sidamon-Pesson. Sans oublier André Maurer, une référence en matière de macrophotographie.

Mais je ne suis pas seulement sensible à l’image photographique, je me nourris également beaucoup du travail de certains illustrateurs, passés, comme Hiroshige, et actuels : François Desbordes, Marcello Pettineo, Denis Clavreul, Stefano Faravelli, Jean Chevallier, Reno Marca, Laëtitia Locteau…

MoB : L’association souhaite promouvoir les « auteurs photographes », tu te dis toi même « auteur photographe ». Pour toi, qu’est-ce qu’il fait que nous sommes auteur photographe ? Quelle signification donnes-tu à l’association de ces deux mots ?

Emmanuel Boitier : Être auteur-photographe, pour moi c’est d’abord avoir fait la démarche d’acquérir un statut auprès des administrations de tutelle. C’est donc un acte réfléchi, une démarche, une volonté, un cheminement. Après, je n’attache pas plus d’importance que cela au vocable lui-même, tout photographe est un auteur en puissance. Le reste n’est qu’une question de travail, principalement.

MoB : Ta démarche est très orientée nature, évidemment, cela est certainement dû à ta formation de naturaliste. Est-elle pour toi un complément indissociable de ton travail de naturaliste ou bien reste t’elle une activité purement artistique qui s’est simplement imposé à toi comme un moyen d’expression comme un autre ?

Emmanuel Boitier : Je vais te faire une confidence, je n’ai pas de formation de naturaliste, tout comme je n’ai aucune formation de photographe. Je suis un photographe de nature totalement autodidacte. Dans ma pratique, je ne fais pas de distinguo entre l’activité naturaliste et l’activité photographique, c’est un tout. Après, il faut bien dire qu’avoir travaillé dans l’environnement pendant plus de 10 ans me sert aujourd’hui beaucoup dans mon métier de photographe : avoir des connaissances en écologie, sur la faune et la flore, sont je crois des plus indéniables pour faire de l’image de nature.

MoB : D’ailleurs, j’ai parlé d’art peut-être trop vite, j’ai bien souvent l’impression que cet aspect de la photo est souvent mal considéré et trop vite dénigré dans le grand monde des arts. Justement, penses-tu que la nature photographiée soit perçue avec ton expérience comme un travail véritablement artistique ?

Emmanuel Boitier : Il suffit de contempler le travail des photographes qui j’ai cités plus eux, nous sommes dans l’art, il n’y a aucun doute.

MoB : Pour ma part, je suis ton parcours depuis quelques temps déjà un peu évidemment parce que ce travail m’intéresse beaucoup dans le cadre de la démarche que je mets en place depuis une paire d’année maintenant mais j’avoue aussi avoir découvert, depuis cette fois-ci peu de temps, un photographe illustrateur très inspiré. Lorsque tu proposes aux différentes revues qui publient tes images un sujet précis, quel est l’esprit qui t’anime ? Le fais-tu suite à une commande, un coup de cœur ou laisses-tu finalement le hasard se charger de ces différentes rencontres ?

Emmanuel Boitier : J’ai la joie de collaborer avec plusieurs magazines qui me sollicitent régulièrement pour des sujets. Pour l’instant, j’ai donc souvent répondu à des demandes, plus que je n’ai été l’initiateur des sujets (cela ne veut pas dire que je ne développe pas parallèlement mes propres sujets). Cela ne me pose pas particulièrement de problème, quand une relation de confiance s’établit entre une rédaction et un photographe, chacun sait ce qu’il peut attendre de l’autre : les sujets qui sont proposés collent alors bien au profil du photographe.

MoB : Restons toujours dans la nature, si tu veux bien. Depuis quelques temps maintenant, l’environnement n’est plus affaire de spécialistes et nombreux sont les messages d’alertes certainement justifiés qui nous interpellent régulièrement. Crois-tu que le photographe de nature ait sa place dans cette action de sensibilisation à l’environnement et surtout à la protection de notre cadre de vie?

Emmanuel Boitier : Je crois que l’émotion et l’empathie sont d’excellents vecteurs de la prise de conscience. Pourtant, je dois t’avouer que mon expérience professionnelle passée dans le secteur de l’environnement fait que j’ai perdu beaucoup d’illusions sur la capacité de l’homme à protéger ce qui l’entoure et lui est vital.

MoB : Plus personnellement et pour finir sur le sujet, pour toi : qu’est-ce qu’il fait qu’une image de nature est bonne, qu’une image de nature sort du lot ? Qu’elle est finalement la part de subjectivité dans tout cela ?

Emmanuel Boitier : L’appréciation d’une image est une alchimie complexe : elle dépend de tant de facteurs personnels, culturels, sociaux, etc., que forcément, il s’agit de quelque chose d’éminemment subjectif. Une image réussie est une image qui déclenche une émotion chez celui qui la regarde.

MoB : Dans le même esprit, que pourrais-tu dire et conseiller à un jeune photographe qui souhaiterait se lancer dans la même « aventure » que toi ?

Emmanuel Boitier : Je dois assez souvent répondre à ce type de demande, et je dois dire que cela me désempare un peu. Mais si je dois tirer quelque chose de ma propre expérience, c’est bien de croire en soi et de chercher à suivre son chemin, sans trop se soucier des conseilleurs en tout genre.

MoB : Tu es spécialisé dans la prise de vue de nature, nous l’avons je crois compris maintenant mais en dehors de ce contexte précis est-ce qu’il t’est arrivé d’aborder d’autres sujets tel que le portrait, la photo en milieu urbain ou es-tu trop attaché à la nature pour lui faire des infidélités ? En as-tu simplement envie ?

Emmanuel Boitier : Quant je suis en reportage, il faut être en permanence, ou presque, à l’affût. Si une opportunité de portrait, de composition urbaine, ou tout autre chose passe, il faut agir et ne pas se dire, ce n’est pas pour moi, ce n’est pas de la nature… Ce type d’image est important, même pour un sujet nature, ce sont des liens qui permettent de bien ficeler le sujet.

MoB : Pour terminer et avant de te laisser le mot de la fin, je souhaiterais m’attarder sur l’action de l’association « Mat ou Brillant ? » certes modeste mais soucieuse toujours de servir la photographie d’auteur. Que penses-tu en toute sincérité de cette action (qui a déjà pris un petit retard avec la réalisation de cette interview) ?

Emmanuel Boitier : Je crois que la démarche de l’association va dans le sens d’un phénomène qui me paraît assez nouveau : dans le monde de la photographie, il me semble qu’on s’intéresse de plus en plus à celle ou celui qui appuie sur le déclencheur, et plus seulement à l’image. Comme si on avait assimilé que la photographie n’était pas seulement un processus technique, mais aussi le résultat d’une réflexion, d’un processus mental, d’un choix d’individu. Cela provient du fait que peut-être, dans le domaine que je connais le moins mal, celui de la photographie de nature, des approches différentes, des regards divergents, des démarches nouvelles sont apparus dans la dernière décade. Je vois cela plutôt d’un bon œil, si le tout reste mesuré et raisonné. Et j’ai l’impression que la démarche de « Mat ou Brillant » est toute empreinte de sagesse.

MoB : Voilà, je crois que j’ai fini de t’embêter. Cette interview n’a pas couvert tous les domaines lies à ton monde photographique, notamment, je n’ai pas parlé du collectif « Bout de Planète » dont tu fais parti, je n’ai pas abordé non plus l’aspect technique lié à l’utilisation de ton matériel, c’est évidemment voulu par rapport à l’interview que tu as déjà proposé sur « Photovore ». Je souhaite simplement te laisser le mot de la fin : un billet très court qui peut-être permettra de préciser certaines notions importantes sur lesquelles je ne me suis pas attardé.

Emmanuel Boitier : Je ne pourrais pas te parler du collectif Bouts de Planète car je n’en fait désormais plus partie. Je suis évidemment à ta disposition si tu veux que l’on discute de matériel et de technique. Le mot de la fin ? Plutôt un début, celui d’une année que nous allons passer ensemble, à échanger, à discuter, à (se) découvrir, à parler de notre passion pour l’image, etc., bref une très intéressante perspective !

MoB : Merci beaucoup donc pour ta disponibilité et à très bientôt

Interview de Michel Lecocq pour MoB

Exposition “Blanc Brume” - “Le petit peuple des Maures”
du 16 octobre au 30 novembre 2010
Galerie du domaine du Grand Cros
Vernissage le samedi 16 octobre à 17h30

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janvier 27th, 2010 at 13:36


2 Responses to “Emmanuel Boitier, quand nature rime avec talent”

  1. Hette Says:

    Salut Manu, Salut MoB !
    Belle interview, amicalement,
    Stéphane

  2. Michel Says:

    Merci, merci, Stephane … J’espère avoir fait des progres ;-)

    A+
    Mich.

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