Association de promotion de la photographie d’auteur

Franck Olivas, l’artiste intégral

Franck Olivas m’était encore inconnu, il y a deux ans … suite à une première invitation, j’ai découvert son travail et le temps a alors fait son oeuvre tranquillement. Je veux dire par là que nos chemins se sont alors plus d’une fois croisés car lui était en pleine promotion de son travail et exposait beaucoup et moi, j’étais en train d’apprendre et d’évoluer vers une démarche un peu plus professionnelle. Et puis, Franck a présenté une première fois sa candidature l’année dernière pour la première édition des “auteurs photographes”. J’étais évidemment emballé par son dossier puisque j’étais venu voir son exposition à Ramatuelle (Var) et j’avais été impressionné par la qualité de l’ensemble .. mais bon il y avait déjà du beau monde au portillon, nous n’étions peut-être pas prêts non plus à exposer des photographies artistiques de nus comme cela d’emblée pour une grande première.



Bref, Franck est pugnace et j’avoue avoir un peu défendu son dossier cette année bien que je me suis interdit toutes ingérences dans les votes. Aujourd’hui, il est des nôtres pour parler un peu trivialement et c’est avec une joie non feinte que je souhaite vous faire découvrir si vous ne le connaissez pas déjà (tapez Franck Olivas sur google et vous verrez !!) un artiste passionné, poète et généreux, un gars bien quoi.

MoB : Bonjour Franck, bon ben voila une présentation un peu longue mais je suis désolé : il y avait un peu de quoi, je trouve. Comme je l’ai dis, tu es photographe de nu, je crois même que tu es l’un des meilleurs photographes de nus que je connaisse. Mais justement pour ceux qui ne te connaisse pas, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Franck Olivas : Très heureux de faire partie des vôtres… Après une telle présentation, les mots me manquent… Peut-être suis-je le seul photographe de nu que tu connaisses ? (En aparté : beuh, Non !!) Je parle très mal de moi. Je vis à Cavalaire sur mer dans le Var, avec mon épouse et mes deux garçons. Je suis vétérinaire, mais après douze ans d’exercice, j’ai décidé de me consacrer totalement à mon art.

MoB : Sur ton nouveau site mis en ligne il y a peu de temps, dans la page “exposition”, nous découvrons que ta première exposition date de 2007 (Ramatuelle), Il y a donc à peine 3 ans. tes débuts en photographie sont contemporains de cette date ou bien as tu commencé la photographie bien avant d’envisager exposer ?

Franck Olivas : Bien avant, mais je les gardais pour moi, et mes proches… Le nu n’a pas été mon premier sujet, mais mes premiers nus ont plu. J’ai pris confiance, et j’ai plongé. Depuis ce jour, je ressens un plaisir inouï à voir mes images accrochées aux murs, c’est devenu un besoin.

MoB : Donc, tu as un nouveau site comme je l’ai déjà précisé. il est d’une remarquable sobriété par la mise en page très épuré et réussit tout de même à présenter une richesse de “mot” assez importante. J’avoue ne pas en être étonné mais le texte est-il pour toi un élément indissociable du travail photographique ? y vois-tu finalement un prolongement de ton travail sur le corps ?

Franck Olivas : Difficile à dire, il faut considérer ces mots comme un don que je fais à l’image. C’est une envie de retranscrire mes propres émotions perçues, au moment de l’acte photographique, et dans toutes ses étapes. Ce n’est pas pour imposer un sens, mais plutôt comme une illustration de l’univers dans lequel je crée, je ne cache pas bien sûr ma recherche esthétisante également à travers l’écriture. Je ressens toujours un grand étonnement en relisant mes propres mots, moi qui n’ai aucune culture littéraire. C’est un acte spontané au même titre que mon travail sur le corps, et par conséquent il m’apporte autant de joie.

MoB : Bien souvent, enfin ce fut mon cas lorsque à ma demande, mon webmaster a totalement modifié mon site, la création d’un nouveau site vient comme la nécessaire expression d’un bouleversement interieur de l’artiste : une envie de création toute autre ou l’engagement sur d’autres projets. La création de ce site amorce t’elle pour toi une nouvelle période dans ta vie d’artiste ou était-elle nécessaire par rapport à tes ambitions ?

Franck Olivas : Les deux Captain ! (En aparté : Euh, je suis passé commandant, y’a peu) C’est une charnière, il y a derrière moi un premier site construit sur l’armature d’un blog, j’y ai fait mes armes, mais il devenait un peu lourd à gérer, et paradoxalement trop dense pour mes lecteurs. Ce nouveau site est plus professionnel, plus facile… Je l’ai conçu en quelques jours. Il va évoluer encore un peu, avec en particulier un espace de vente de tirages d’art, et de prestations.

MoB : Et la photographie dans tout cela ? oui, il ne faut pas l’oublier. lorsque nous allons sur ton site, la première chose qui nous saute aux yeux , c’est l’absence de couleur. l’utilisation du Noir et Blanc a t’elle été pour toi évidente par rapport à ton style photographique ou bien arriva-t’elle après beaucoup de tergiversations ? Brièvement, qu’est-ce qui selon toi fait qu’une image est meilleure en noir et blanc qu’en couleur ?

Franck Olivas : Une image en noir et blanc n’est pas meilleure qu’une image en couleur… Peut-être un peu plus d’objectivité dans la couleur, plus de réalisme optique ? Je me plais dans l’environnement noir et blanc, et je préfère faire ce qu’il me plait, liberté d’artiste c’est tout ! Je suis très inspiré par le principe de dualité, et je recherche l’harmonie dans l’équilibre des contraires. Le noir et blanc est devenu une évidence pour moi. Les meilleures images sont des images harmonieuses, en noir et blanc aussi bien qu’en couleur.

MoB : la deuxième chose qui nous saute aux yeux, c’est aussi la sobriété des images qui réussissent à faire la part belle au sujet sans qu’il soit forcément présent sur la totalité de l’image. je pense notamment à la série “des images en l’air” par exemple. Qui réussissent aussi à merveille à marier les éléments minéraux avec le corps, la série “secret souvenir d’en mer” en est un bel exemple . Comment construis-tu finalement tes images ? comment travailles-tu sur le terrain ?

Franck Olivas : J’observe, et je rêve…
Je regarde le lieu, en premier le lieu, j’imagine une pose, je prends des risques, mes modèles aussi. Je ne construis pas mes images, je n’ai pas la prétention de dire que je maitrise tout… Je me déplace autour de mon sujet, je lui parle un peu (très peu), je cherche, j’attends l’évènement… Je crois au hasard, tant qu’il ne s’est pas produit, je l’espère, et quand il arrive j’essaye de faire de mon mieux…

MoB : et puis il y a la série “corps à corps”. elle met a mal un peu tout ce que je viens de constater. Elle est ce qui caractérise finalement très souvent les artistes (les grands !!) : cette façon qu’ils ont de prendre le contre pied de leur propre création. Je vois dans ce projet un retour abouti et un prolongement de ta série “décors en corps … des corps encore” et plus que jamais une ode au corps. peux-tu nous en dire plus ?

Franck Olivas : C’est avec deux images de la série « décors en corps… des corps encore » que j’ai construit mes premier « corps à corps ». C’est comme une ramification, juste un jeu au départ… Je voulais construire des énigmes, chercher encore de nouvelles harmonies. J’ai trouvé d’étonnants graphismes corporels, des expressions, des gênes. Je réalise, (surréalise !) l’infinité du corps… Je travaille actuellement en studio uniquement dans le but de ces assemblages, mes séances sont assez inhabituelles aux dires des modèles. Les résultats sont également atypiques ! Une ode au corps oui mais pas seulement, le plaisir de la découverte m’anime également, comme je l’ai déjà écrit, je me sens «un  inventeur d’inutile ». J’essaye de faire avec mes « corps à corps » une remise à zéro sur le corps. Dans le fond et la forme, je reprends le nu à un stade embryonnaire si l’on peut dire. Et bientôt je démontrerai qu’il est même possible de montrer des nus sans corps…

Franck Olivas : Si tu le permets je vais ouvrir une petite parenthèse (En aparté : ouvre, profite !!). Le thème du nu dans notre société est en souffrance… Paradoxalement trop visible, il exacerbe les tabous et la complexation du corps « normal ». La vulgarisation a pris l’avantage sur le détachement et la réflexion, et a mis à mal la tolérance.
Une responsable de galerie m’a un jour dit que je ne photographiais que de « belles » personnes, je salue son ignorance, me fallait-il venir avec mon portfolio accompagné des modèles en chair pour démontrer qu’en vrai ils ne sont pas si « parfaits » ? Etait-ce la question la plus importante ? Le corps représenté dans sa laideur est-il le seul attribut possible de l’art actuel ? Le beau et le laid ont toujours coexisté, et dans chaque personne, bien au delà des apparences ! Qui saurait définir réellement ce qui est beau ou laid ? J’aurais du lui proposer de poser pour moi…
Beaucoup ont une appréciation superficielle du nu, caché derrière une pseudo-pudeur ils se permettent de dire que tout a été déjà fait, déjà vu dans ce thème. C’est une erreur. C’est que leur regard s’est arrêté. Ils se mentent à eux-mêmes avant tout, ils ont privé le corps de sa valeur d’essentiel… A les suivre, parce qu’une chose est déjà faite, on ne devrait plus la refaire ? Mais il faudrait tout arrêter. Ne photographiez plus les chevaux au galop, ni les couchers de soleil, ne peignez plus les champs de lavande c’est déjà fait ! L’art vu sous cet angle serait voué à disparaitre. Assez des faux intellectuels qui ont décidé que l’Art était un « produit ». L’art est une pulsion. Le nu est un thème, et accepte de s’y soumettre…

Franck Olivas : Le nu pour être « beau » doit avant tout être honnête, et l’artiste ne doit pas avoir honte de reconnaitre qu’il puise son inspiration au plus profond de ses fantasmes. Et quand le nu est ainsi montré il ne faut pas craindre de le regarder !
Je ne montre pas des femmes et des hommes nus, je montre surtout le regard que j’ai sur eux, leurs corps, leurs émotions et ce qui les entoure, moi-même.

MoB : L’inspiration et la création viennent en partie de notre imagination, de notre culture et de notre éducation. Elle prend naissance aussi dans l’inspiration souvent bien involontairement. Si tu en as, qui sont les photographes (plus ou moins grand) qui t’ont inspiré ou qui ont été les précurseurs de ta démarche ?

Franck Olivas : Je suis impressionné, touché par l’œuvre de Man Ray. J’admire l’humanisme et la sincérité de Willy Ronis. J’envie la force des noir et blanc de Sébastião Salgado. J’apprécie également les risques esthétiquement réussis de Robert Mapplethorpe, et de Jan Saudek.
Et puis il y a les autres… Rodin du « torse d’Adèle » à la « Danaïde », en passant par sa « cathédrale ». Il y a les peintres Magritte, Dali, Klimt, l’esprit de Klein… Il y a la musique, il y a la danse… Mais il me semble que si je devais accorder à quelqu’un qu’il est ma source d’inspiration, il ne s’agirait pas de photographe ou d’artiste… Et je ne l’admirerai jamais assez.

MoB : Tes projets semblent être fait de “corps” mais as-tu déjà eu envie d’aborder d’autres thèmes bien différents (le paysage, la macrophotographie …) et l’envisage tu dans l’avenir ? plus généralement, peux tu nous en dire davantage sur tes projets ?

Franck Olivas : Je ne suis qu’au début… Et loin d’en avoir fini avec le corps !
J’ai déjà quelques idées en tête, autour du portrait et de la nature morte, mais chaque chose en son temps. Mes projets sont nombreux… Je suis un jeune oiseau au bord du nid, qui a évité ses premiers crashs, et qui maintenant veux prendre les airs pour de bon… J’attends le printemps !
Concrètement, je prépare mes expositions personnelles sur les « corps à corps » avec trois galeries qui me font confiance, à Bordeaux, Paris, et le Vieil Antibes. Il y aura à voir des choses inédites également… Et j’espère d’autres dates.
Je suis bien sûr toujours à défendre mon autre projet, et grâce à « MoB ? » il reçoit une nouvelle impulsion… « Nue Art… Nature » c’est le nom définitif que je donne à mon travail sur la nature. En regroupant les thèmes des premières expositions, « l’Hôtel du Temps » et «  Natures Humaines », puis toutes les écritures réunies autour d’elles, je présente un projet mûr, avec l’esquisse d’un beau livre en perspective… Avis aux éditeurs. En attendant je l’exposerai sur des murs variés de notre région dans la deuxième partie de l’année.
Enfin, je vais dès le mois de Mars, développer de manière artisanale le service de tirage d’art, pour ceux qui désirent un travail personnalisé. Je proposerai de faire profiter de mon expérience ceux qui le veulent dans le domaine de l’édition d’images de grand ou très grand format destinées aux expositions.

MoB : J’ai posé la même question à Emmanuel et c’est une question qui revient bien souvent dans les interviews mais j’avoue ne pas me lasser de la poser. Par rapport à ton approche photographique professionnelle, quels conseils pourrais-tu donner à un photographe débutant ? si tu as bien entendu des conseils à prodiguer !
Franck Olivas : « Appuis sur le bouton ! »
Je veux dire par là qu’il faut faire des expériences, ne pas avoir peur de se planter, être patient, déterminé, et faire confiance à son instinct. La belle image vient toujours un jour… Ce jour là le photographe n’est plus un débutant, et je ne saurais pas lui conseiller autre chose.

MoB : L’association “Mat ou brillant ?” souhaite promouvoir les auteurs photographes de talent, connus et moins connus, Elle souhaite aussi offrir un espace d’expression aux artistes photographes. que penses-tu en toute franchise de cette action ?
Franck Olivas : Cette action est empreinte d’une grande humilité, c’est la première chose qui me vient à l’esprit. La seconde c’est évidement que sans la générosité intellectuelle de telles organisations, beaucoup d’artistes discrets, ou pas bien adaptés à la demande culturelle actuelle, ne verraient jamais le jour, et pourtant il en faut. La culture n’a pas à dicter à l’art ce qu’il doit faire ou produire, c’est à l’inverse, l’art qui a de tout temps construit nos cultures… J’applaudis le courage de tous ceux qui mesurent la valeur d’un artiste en appréciant son travail et l’univers qu’il crée, plus que l’étiquette qu’il porte, ou ce qu’il représente dans la tendance, parfois de manière très hypocrite. « MoB ? » construit une belle aventure sur les fondations de l’offre, et non de la demande, comme l’a dit Emmanuel Boitier précédemment, c’est d’une sagesse admirable. Le dernier mot sera merci.

MoB : c’est sur cette précédente question “délicate” que je vais te laisser mais avant toute chose , je tiens à te remercier pour ta patience et ta passion. Je souhaite aussi te laisser le mot de la fin par tradition. Ainsi, si tu désires revenir sur une des précédentes questions abordés, si tu as un éléments qui semble important à rajouter pour ta promotion ou tout autre chose (un coup de coeur, un coup de gueule !!) , et bien cette espace est pour toi.
Franck Olivas : Mon coup de cœur ira simplement à tous mes modèles, à mon épouse ma muse, à mes amis, modèles de première heure ou expérimentés, aux artistes qui ont prêté leur corps à mon regard, et réalisé des prouesses. Merci pour votre confiance, votre patience, et les moments inoubliables que vous fabriquez chaque fois avec moi, sans vous je n’existerais pas.
Pour le coup de gueule… Un autre jour (En aparté: zut alors, hihi !!)

MoB : avec tous les remerciements de la part de l’équipe MoB

Une interview de Michel Lecocq pour MoB

Pour information, l’exposition de Franck Olivas se déroulera :

- du 15 octobre au 31 octobre 2010
- Salle Honoré Daumier à Carnoules
- Vernissage le vendredi 15 octobre à 18h00
- entrée libre et gratuite

février 1st, 2010 at 18:45


One Response to “Franck Olivas, l’artiste intégral”

  1. Marie Flora Says:

    J’ai rarement vu autant de sublimation du Nu……
    Merveilleusement beau!

    Marie Flora

Leave a Reply